André Chouraqui
Évangiles
Les 4 annonces
Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 1976, 588 pages.
Note du bibliothécaire :
Voici
une traduction différente et très hébraïque, c'est-à-dire près des
racines juives, des mots des évangiles. C'est l'édition la plus
originale de toutes.
La
traduction des Évangiles par André Chouraqui constitue un projet
singulier dans le paysage biblique francophone. Son approche est
profondément philologique, sémitique et intertextuelle,
visant à rendre perceptible au lecteur francophone la texture
originelle du texte, ses racines judaïques, et sa dynamique interne.
Ci-dessous, les axes principaux de sa démarche.
1. Une restauration du substrat sémitique (hébreu / araméen) derrière le grec
Chouraqui postule qu’une grande partie des paroles de Jésus et de la tradition évangélique provient du milieu juif du Ier siècle, et donc d’un arrière-plan linguistique sémitique.
Conséquences méthodologiques :
Conséquences méthodologiques :
- Il repère, sous le grec du Nouveau Testament, des hébraïsmes et des structures araméennes.
- Il reconstruit mentalement l’expression probable dans la langue de Jésus, afin d’en restituer la densité sémantique.
- Il conserve dans le français final un rythme sémitique : phrases brèves, parallélismes, constructions « béton » venues de l’hébreu biblique.
Cette
méthode vise à faire sentir au lecteur le souffle de l’oralité
sémitique, souvent gommée dans les traductions traditionnelles.
2. Une traduction « littérale » mais pas plate : fidélité au mot-source
Chouraqui adopte ce qu’on pourrait appeler une fidélité radicale au lexique grec, quitte à produire un français rugueux ou surprenant.
- Chaque mot grec est rendu par un équivalent constant, presque technique.
- Il évite de « lisser » le texte.
- Il refuse les paraphrases théologiques ajoutées par les traditions chrétiennes ultérieures.
Objectif :
redonner au texte sa force initiale, sans la « patine doctrinale » introduite par des siècles d’interprétation.
redonner au texte sa force initiale, sans la « patine doctrinale » introduite par des siècles d’interprétation.
3. Une forte intertextualité : la Bible hébraïque comme clef de lecture
Chouraqui considère le Nouveau Testament comme intégralement enraciné dans la Bible hébraïque.
Sa traduction est donc saturée de renvois implicites au Tanakh :
Sa traduction est donc saturée de renvois implicites au Tanakh :
- Il traduit des termes grecs à l’aide du lexique biblique hébreu (« souffle » pour pneuma, « Adôn » pour Kyrios…).
- Il fait des choix terminologiques unifiant les deux Testaments, pour montrer la continuité entre le judaïsme du Second Temple et la prédication de Jésus.
- Il met en relief les citations, allusions, parallélismes et motifs hérités de la Bible juive.
Ainsi, les Évangiles apparaissent comme une réinterprétation juive de la Bible juive, pas comme une rupture.
4. Une volonté de déconfessionnalisation
Chouraqui ne cherche pas à traduire « chrétien ».
Son objectif est philologique, non doctrinal :
Son objectif est philologique, non doctrinal :
- Il évite des termes chargés par la théologie chrétienne (« Église », « Christ », etc.).
- Il restitue à ces mots leur fonction historique juive (par exemple « Messie » plutôt que « Christ »).
- Il élimine les surcharges dogmatiques introduites par quinze siècles de tradition chrétienne grecque ou latine.
Sa traduction se veut un retour en amont de la dogmatique, vers l’époque même de Jésus et des premiers disciples.
5. Un français « hébraïsant » : poésie, archaïsme, étrangeté
La traduction Chouraqui est volontairement étrangéisante :
- Syntaxe hébraïsante.
- Vocabulaire parfois archaïque ou anguleux.
- Rythme proche de la psalmodie ou de la poésie biblique.
Pourquoi ?
Pour éviter l’illusion d’un texte familier.
Chouraqui veut que le lecteur ressente l’altérité des Évangiles, comme on ressent l’étrangeté d’une inscription antique.
Pour éviter l’illusion d’un texte familier.
Chouraqui veut que le lecteur ressente l’altérité des Évangiles, comme on ressent l’étrangeté d’une inscription antique.
6. Une herméneutique centrée sur le judaïsme de Jésus
Toute sa lecture repose sur une conviction exégétique fondamentale :
Les Évangiles ne sont compréhensibles que dans le cadre du judaïsme du Ier siècle.
Ainsi, il met en valeur :
- le langage midrashique de certains discours,
- les références liturgiques, légales ou prophétiques,
- les ancrages dans la tradition orale juive,
- la continuité entre Jésus, les prophètes et les sages d’Israël.

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